T'as voulu voir la mer!

Publié le par Victor

D'abord, donner à manger à Rolling Stones, le Siamois de mon frère et lui faire des câlins.

Direction périph et A1. J'avais brièvement lu la direction par l'autoroute sur Mappy, il ne me resterai plus qu'à guetter la sortie "Le Touquet".

Le trajet est long et ennuyeux surtout à 140 Km/h pour éviter les radars mobiles un long week-end. Je manque de tomber en panne d'essence après avoir voulu faire le plein après l'allumage de mon témoin de réserve. J'avais parcouru plus de 210 Km et la prochaine station était annoncée à plus de 24 km. Je dégage à la première sortie et me renseigne auprès d'un motard en Triumph 675 au péage qui m'indique une station toute proche, ouf!

De retour sur l'autoroute, l'ennui me fait délirer, je me mets à parler à voix haute dans le casque avec un accent de paysan. Je me raconte des histoires débiles pour me tenir compagnie. Une pluie très fine m'accueille entre une ligne de TGV et des champs de vaches immobiles. Le plafond est bas, il est gris aussi, comme le pays de Jacques Brel. Plus je me rapproche du Nord et plus Je ressens une grande solitude. Trop tard pour faire demi tour.De plus je commence à douter du chemin emprunté, n'ayant vu à aucun moment le nom du "Touquet" écrit sur un panneau. Arrêt à une station essence avant "Arras", histoire de vérifier. Effectivement je n'ai pas pris la bonne autoroute.... ça ne m'étonne pas de moi. Il fallait prendre l'A15 puis l'A16. Après renseignements je sors pour raccrocher une Nationale et je retrouve le chemin de la côte. La route devient plus séduisante avec ses virages mais plus dangereuse en raison de la bruine.

Des noms familiers apparaissent maintenant sur les panneaux. Je passe par "Cucq" et "Trepied" où nous avons vécu un temps me semble t'il. La concentration de la conduite m'empêche de prendre le temps de repérer l'endroit où nous avions vécu il y a plus de 25 ans. Tant pis. Je bifurque sur "Etaples" avant ma ballade au "Touquet" pour rendre visite à "Freddy." un ami de ma mère, propriétaire de la crêperie "Les Trois Lanternes". J'arrive en fin de service et j'accepte volontiers un petit verre de cidre. On discute en allant à l'essentiel, santé, famille, boulot, vie de couple etc.. ."Freddy" est curieux d'essayer ma moto car il projette de s'en racheter une. Je le suis en voiture pour regagner une petite départementale au bord de la "Canche" où nous nous arrêtons pour l'échange de la monture.

- "La première est en bas?!" me demande t-il.

Je commence à paniquer. Il enclenche la première, démarre et dérape sur un freinage un peu fort de la roue avant mais il ne tombe pas, je suis blême! Il va se mettre au tas c'est pas possible! J'essaie de me rassurer en me disant qu'il va rouler doucement et qu'il a une longue expérience du deux roues mais quand même.... Je tourne en rond pendant un peu moins de 10 mn quand j'entend le bruit de mon trois cylindres au loin qui revient. Quel bruit, ce moteur, j'adore! Il n'est pas tombé, tout va bien!

On se quitte et je me dirige vers la rue "Calmette" où l'on a vécu un moment ma mère mon frère et moi. Le temps est glauque, la rue est déserte mais c'est un coin de notre enfance, je sens l'émotion qui monte. Je regrette que mon frère et sa mémoire ne soient pas là pour m'éclairer avec des petites anecdotes oubliées. Allez, je file au Touquet maintenant, direction la maison de Mme Filippi, une ancienne institutrice. J'arrive à retrouver le lotissement dans la forêt avec de l'intuition et de la chance mais malheureusement la maison est vide, tant pis. Je continue vers notre dernière adresse, "2 rue des Dunes". J'ai du mal à garder ma concentration sur la route tellement je suis ébloui par les flashs de mes souvenirs. Il y en a trop. Je dois garder la tête froide et me focaliser sur mes objectifs sinon je vais y passer trois jours à force de m‘arrêter.

"Rue des Dunes", mes yeux sont humides. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Qu'est-ce qui fait que l'on soit ému à la vision des lieux de notre enfance? Peut-être le fait que ce soit hier et si loin aussi. Comme si le garçon devenu adulte aujourd'hui croisait l'enfant qu'il était autrefois. Va savoir.

Etape suivante, l'école. La cour est ouverte mais déserte. Je rentre pour faire quelques photos. L'émotion est toujours là et ne désemplie pas, elle monte même d'un cran lorsque je regarde à l'intérieur d'une classe, je me surprend entrain de chercher mes dessins sur le mur, Réveilles toi, Victor!.

Le quartier n'a pas beaucoup changé. La poste, la gendarmerie de "Lydie Babinsky", la maison de "Stéphane Rose", seule la Boulangerie de Mme "Grandssard" est à louer. "Que sont devenus tous ces enfants?" Je ne sais pas si j'aimerai réellement les revoir même si l'idée est tentante, laissons le passé où il est.

Petit coucou à "Albanne" une ancienne élève de piano de ma mère qui travaille à deux pas de là dans un magasin de piano! Elle me reconnaît, moi pas du tout! On parle de ma mère et de son état de santé. Je me sauve car je ne veux pas la déranger sur son lieu de travail.

Petit tour ensuite "rue Saint-Jean" LA rue bourgeoise et commerçante du Touquet. Je décide de m'arrêter en terrasse pour déjeuner et faire tomber le poids du passé qui devient oppressant. Je dévisage la serveuse à tout hasard si elle me rappelle une ancienne élève mais elle me dit qu'elle habite ici que depuis 20 ans. L'envie d'une bière souligne le goût de l'amertume des souvenirs. "Pourquoi? Certainement à cause de ceux que j'ai occulté. Ceux qui me rappelaient que nous étions différents quand ma mère a débarqué en Hippie avec ses vestes fuchsia tissées en laine et sa Chapka verte. On m'appelait "Timoléon" et mon frère "Hiram". Notre côté authentique nous a aidé à nous intégrer rapidement, heureusement, mais je pense avoir gardé cette désagréable différence en moi.

L'heure tourne. Je dois me dépêcher si je veux rentrer avant la nuit. Je passe par le front de mer pour faire une photo de la pinède dans les dunes que mon frère a évoqué tout à l'heure au téléphone Ce fut le plus grand terrain de jeu de notre enfance. Le temps est triste, à l'image des mois d'hiver de la région. Je comprend pourquoi ma mère a fui le "Pas de Calais" pour Paris.

Je repasse chez Mme "Philippi" avant mon départ mais elle semble toujours absente, dommage. Le vent se lève. Je n'ai pas à chercher la direction du retour, un panneau m'indique tout de suite l'A16 pour Paris.

Les nombreuses manches à air présentes le long de l'autoroute sont toutes en érection à l'horizontale. Je me bat avec ma monture tel Don Quichotte face à ses Moulins pour rectifier mes trajectoires. Putain de vent! J'accélère de plus en plus pour ne pas me faire souffler comme une feuille morte. Je tente l'aspiration derrière un véhicule roulant à 160 km/h et immatriculé 92 pendant de longues minutes mais j'en subi surtout les turbulences alors je décide de doubler gaz à fond. Ma main droite est verrouillée, le compteur affiche en permanence 180, au delà, la jugulaire de mon casque me tranche la gorge! Ma nuque est cassée et mes trapèzes contractés à mort pour tenir ma tête qui balance de droite à gauche au gré des claques distribuées par la violence des courants d'air.

 

Paris approche, le ciel se dégage et colore l'asphalte d'une couleur qui me réchauffe les yeux. Je peux décrisper ma main droite, relever le buste et tourner la tête pour voir au moins une fois le soleil aujourd'hui.

"Rolling Stone"

 

Le retour sain et sauf de Freddy!

la rue du "Docteur Calmette"

Crêperie "Les Trois Lanternes"

2 rue des Dunes, 3ème étage

La boulangerie "Grandssard"

L'école

Une classe

La poste

Pour Hiram

Le plongeoir de l'ancienne piscine Olympique

Rue St-Jean

Pause déjeuner

Le bout de notre pinède

L'embouchure de la "Canche"

La "Canche"

Accés panoramique

Au loin, la Manche

Retour passerelle

Promenade front de mer

Front de béton

Notre "2 rue des Dunes" dans le fond, coincé entre deux immeubles

L'immeuble de Mme PETIT

Ce qu'est devenue notre "vieille maison"

"Comment s'appelait leur fille?"

l'adresse de Stéphane Rose

Ils existaient déjà il y a 25 ans!

Le collège et le Lycée Hotellier

Chemin menant à la plage

L'heure du départ

 

 

 

 

Publié dans victormad

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lamory 29/05/2006 00:51

Le pas de calais est comme une nostalgie pour ceux qui y ont vecu leur enfance. l'hiver est rude,froid mais les gens y sont conviviaux, chaleureux,simples, une solidarité que lon ne trouve nulle part ailleurs.un endroit de valeurs...Pierre Bachelet disait:les gens du nord ont dans le coeur le soleil qu'ils n'ont pas dehors. Et c'est vrai!      Lété,la campagne est verdoyante,les champs de blé,magnifiques.Quand je retourne chez moi,a Croisette,entre Arras et le touquet,apres Arras,un tas de souvenirs se bousculent dans ma tete,un sentiment m'envahit,comme des bulles dans la poitrine.ca doit etre ca,l'emotion du retour aux racines.Et cet horizon qui n'en finit pas, c'est comme une bouffée d'oxygéne,une impression de liberté.Pour certain,c'est ca,le Pas De Calais                                                               Mais Victor! on ne va pas au Touquet,sans aller manger un welch au café des sports!                                       Anne